
Pour enlever la rouille sur du carrelage, la question à se poser en premier n'est pas quel produit acheter, c'est sur quoi il va être versé. Mapei réserve son nettoyant acide, qui traite justement « les taches de rouille », au « grès cérame, la céramique et toutes les surfaces résistantes aux acides ». Ce sont les mots de la fiche : résistantes aux acides.
Et il existe un piège dans l'autre sens, que Villeroy & Boch signale et que personne ne reprend : l'antirouille lui même peut tacher. Ce qui suit dit comment savoir de quel côté se trouve votre sol, dans quel ordre procéder, et pourquoi le produit ne doit jamais être oublié à sécher.
Disons d'abord ce dont il est question. La rouille est l'oxyde que le fer laisse derrière lui, déposé sur l'émail par un objet métallique resté humide, un pied de meuble, une boîte, une vis. Elle ne pénètre pas le carreau : elle se retire par un acide, quand le carreau en supporte un.
Deux familles de revêtements se ressemblent au sol et ne réagissent pas du tout au même traitement.
Les carrelages résistants aux acides. Le grès cérame et la céramique en font partie. Villeroy & Boch décrit d'ailleurs sa céramique sanitaire comme « une surface lisse, dense et quasiment inrayable, qui résiste à tous les acides et nettoyants alcalins ménagers courants ». C'est sur ces supports que Mapei destine son nettoyant acide, indiqué pour les résidus de ciment, « les efflorescences salines et calcaires et les taches de rouille ».
Les pierres naturelles. Geberit range le marbre et « d'autres pierres naturelles » parmi les « surfaces délicates », sur lesquelles il conseille « de tester les produits d'entretien avant de les utiliser ». Une tomette ancienne, un carreau de ciment, une pierre calcaire ou un béton ciré n'ont ni la même surface ni la même composition qu'un grès cérame.
Si vous ne savez pas ce que vous avez sous les pieds, vous n'êtes pas encore prêt à ouvrir un flacon. Le nom du revêtement figure souvent sur la facture de pose ou sur une boîte restée au garage, et c'est la recherche la plus utile des dix minutes qui viennent.
Aucun des trois fabricants consultés n'échappe à cette consigne, et elle revient dans les mêmes termes.
Villeroy & Boch : « Dans tous les cas, vous devez lire attentivement les recommandations d'utilisation du fabricant. En cas de doute, vous pouvez essayer le produit de nettoyage et d'entretien sur une partie non visible de la céramique. »
Une partie non visible, cela veut dire sous un meuble, derrière une porte, dans un angle que rien ne regarde, et pas « à côté de la tache ». Le but est de voir si la surface change d'aspect, ce qui ne se rattrape pas une fois constaté au milieu de la pièce.
C'est le point qui justifie cette page, et il est contre intuitif.
Villeroy & Boch écrit : « La prudence est de mise avec toutes les substances contenant des niveaux élevés de fluor, telles que celles contenues dans les antirouilles et les dentifrices. En cas d'action prolongée, des taches peuvent se former. Enlevez donc immédiatement tout résidu ! »
Autrement dit, le produit venu enlever une tache peut en laisser une autre s'il reste en place. Ce n'est pas la même chose qu'un détartrant de cuvette qu'on laisse agir toute la nuit : ici, le temps de contact n'est pas un allié.
La conséquence pratique est simple et va contre le réflexe. On ne pose pas un antirouille avant de partir travailler. On reste, on surveille, on rince, et on recommence si nécessaire plutôt que d'allonger la pose.
Cinq étapes, du moins agressif au plus agressif. On s'arrête dès que la tache part.
Villeroy & Boch dresse une liste explicite de produits « à éviter absolument », qui « rayent les surfaces céramiques » ou les attaquent : « les laits et poudres à récurer, les nettoyants pour canalisations très concentrés, les nettoyants pour robinetterie et pour aciers ainsi que les nettoyants en poudre pour WC ».
Le cas des nettoyants pour robinetterie et pour aciers mérite d'être souligné, parce qu'il est exactement celui d'une tache de rouille : on a sous la main un produit destiné au métal, et le métal est justement la cause de la tache. La marque conseille, pour ceux là comme pour les nettoyants de canalisations, « d'éviter tout contact direct avec la céramique ».
Le réflexe de la poudre à récurer se comprend, puisqu'une tache de rouille est en surface. Il coûte cher : la rayure, elle, ne s'enlève pas.
Elle porte sur une tache de rouille déposée sur un carrelage, et sur le choix du produit selon le support. Elle ne dit pas d'où vient la rouille dans votre cas particulier, et ne traite ni des joints, dont la porosité est tout autre que celle d'un carreau, ni de la rouille sur du textile, de l'inox ou de la pierre reconstituée.
Elle ne cite aucune marque à acheter et ne donne aucun prix. Les produits nommés le sont parce que leur fabricant décrit publiquement le support sur lequel ils s'emploient, ce qui est précisément l'information utile ici. C'est la fiche technique de votre produit et celle de votre revêtement qui font foi, pas cette page.
Sur une céramique sanitaire plutôt qu'au sol, le raisonnement est le même mais le dépôt n'est pas toujours celui qu'on croit : notre page sur le détartrage des WC montre qu'un anneau jaune brun résiste à tous les acides quand il s'agit de pierre d'urine et non de tartre.
La dureté du carreau, elle, commande une autre décision que l'on prend souvent sans y penser : pour percer du carrelage, le fabricant d'outillage pose la même logique de support, le foret devant être plus dur que le carreau, et fixe une limite chiffrée de 1 000 tours au-delà de laquelle le carreau se fissure. La façon dont nous vérifions ces consignes chez le fabricant est décrite dans nos règles de publication.
Nos autres pages de nettoyage et de remise en état sont classées en rubrique Maison.
Non. Mapei réserve son nettoyant acide au grès cérame, à la céramique et à toutes les surfaces résistantes aux acides. Le marbre et les autres pierres naturelles sont rangés par Geberit parmi les surfaces délicates, à tester avant emploi.
Sur une surface résistante aux acides, Villeroy & Boch indique qu'un chiffon imbibé de vinaigre peut agir une nuit sur les taches tenaces. C'est l'étape à essayer avant un produit spécialisé.
Le moins possible. Villeroy & Boch prévient que les substances riches en fluor, contenues notamment dans les antirouilles, peuvent former des taches en cas d'action prolongée, et demande de retirer immédiatement tout résidu.
C'est le risque signalé par le fabricant de céramique : une action prolongée d'un produit fluoré peut tacher la surface. Le résidu doit être enlevé tout de suite.
Oui, sur une partie non visible, pas à côté de la tache. Les fabricants consultés le demandent tous les trois.
Villeroy & Boch range les laits et poudres à récurer parmi les produits à éviter absolument, parce qu'ils rayent les surfaces céramiques. La rayure ne s'enlève pas.
Le fabricant conseille d'éviter tout contact direct de ces produits avec la céramique, au même titre que les nettoyants pour canalisations très concentrés.
Cette page ne peut pas le dire : ces revêtements ne sont pas des surfaces résistantes aux acides au sens des fiches consultées, et c'est la fiche de votre revêtement qui tranche.
Les joints ne sont pas traités ici. Leur porosité n'a rien à voir avec celle d'un carreau et le comportement d'un produit acide y est différent.
Oui. Mapei indique que le sien élimine les résidus de ciment après jointoiement, les efflorescences salines et calcaires, et les taches de rouille.
Villeroy & Boch conseille « une éponge douce qui ne raye pas », en accompagnement des nettoyants liquides ou crémeux non abrasifs.
Recommencer une application courte plutôt que d'allonger le temps de pose, et s'en tenir au support : un produit plus agressif que ce que la fiche du revêtement autorise abîme le carreau sans garantie d'enlever la tache.
Sources :