Le site
La rédaction de Réflexe Pratique À propos
La pâte à prout est un pot de pâte molle et colorée que l'on presse dans la main pour lui faire produire un bruit de pet, et c'est un jouet dont la fiche d'identité se lit en deux temps. Côté amusement, il n'y a rien à expliquer. Côté matière, c'est une cousine du slime, donc une pâte dont le secret de fabrication est un composé du bore que les autorités sanitaires surveillent de près.
Cette page répond dans l'ordre aux questions que se posent les parents : ce que c'est, de quoi c'est fait, pourquoi ça fait ce bruit, comment on s'en sert, s'il faut la fabriquer soi-même, et à partir de quel âge on la laisse à un enfant. Les chiffres viennent de l'Anses, de la DGCCRF et de l'institut fédéral allemand d'évaluation des risques.
C'est une pâte à malaxer qui a la même consistance que le slime, vendue prête à l'emploi dans un petit pot. L'Anses la range dans la même famille : dans son bulletin de 2018, l'agence parle des formes prêtes à l'emploi de slime, « ou de pâte à prout qui ont la même consistance ».
Le principe du jeu tient en un geste : on sort un peu de pâte du pot, on la presse ou on l'écrase, et elle émet un bruit grossier. Les marques lui donnent des noms voisins, pâte à pet, pâte péteuse, boîte à prout, mais l'objet est le même.
L'origine du slime explique en partie ce comportement. Wikipédia rapporte que le slime a été inventé par des bruiteurs de cinéma américains, qui mélangeaient de la colle et du tétraborate de sodium pour obtenir une pâte destinée à imiter des bruits de pet. La pâte à prout reprend donc, pour le jeu, la fonction pour laquelle la matière avait été trouvée.
Aucun fabricant ne publie la formule exacte d'un pot du commerce, et cette page ne prétend pas la connaître. Ce que l'on sait vient de l'Anses, qui décrit le principe de fabrication du slime, dont la pâte à prout partage la consistance.
Le principe est une réaction de réticulation. Un polymère, de l'alcool polyvinylique ou de l'amidon, est relié en réseau par un agent réticulant, généralement l'acide borique ou le borax (le tétraborate de sodium décahydraté). C'est ce réseau qui donne à la pâte sa souplesse élastique et sa tenue entre les doigts.
Les tutoriels de préparation maison y ajoutent des colorants, parfois de la mousse à raser : ces ajouts expliquent les risques traités plus bas.
Deux précisions utiles pour un achat :
La pâte est assez épaisse pour garder la forme qu'on lui donne, et assez souple pour se laisser écraser. Quand on la presse en creux dans la paume ou qu'on la retourne sur elle-même, elle enferme de l'air entre deux plis. En se relâchant, la pâte laisse cet air s'échapper, et c'est ce passage qui produit le bruit.
Il faut être clair sur la portée de cette explication. Elle décrit ce que l'on observe en jouant. Aucune source ouverte consultée pour cette page ne détaille la physique du bruit, et nous ne chiffrons donc ni fréquence ni pression. Ce que les sources établissent, c'est la matière de la pâte, pas l'acoustique du jeu.
On la pétrit, on l'étire, on l'écrase, et c'est précisément ce contact prolongé des mains avec la matière qui fait le jeu. L'Anses note que les enfants manipulent la pâte sans gants, parce que c'est justement ce contact qu'ils recherchent.
L'agence met en garde contre un point que le mode d'emploi d'un jouet ne dit jamais : la manipulation répétée et prolongée. Les enfants malaxent le slime « pendant des heures à la fois », à la fois comme un jeu et comme un antistress. L'Anses et la DGCCRF alertent sur cette manipulation répétée et prolongée.
Cette page ne donne pas de recette, et c'est volontaire. La recette type reprend le principe vu plus haut, de la colle, un colorant et un composé du bore, souvent de la lessive ou une solution de lavage pour lentilles de contact. Or la tendance du « fait maison » est exactement ce que l'Anses a placé en titre de son bulletin : « évitez le fait maison ».
Les raisons sont de trois ordres, toutes issues du bulletin de l'agence.
Le bore. L'Anses rappelle que l'acide borique « est une substance classée reprotoxique de catégorie 1B » au titre du règlement européen 1272/2008, avec des effets observés sur la fertilité et le développement embryofœtal dans des études expérimentales. L'agence demande que l'acide borique et ses dérivés « ne soient pas manipulés par des enfants de manière répétée ». Elle ajoute que les quantités de bore d'une préparation maison pourraient dépasser celles des usages recommandés.
Les conservateurs. Les colles et les colorants contiennent des conservateurs, principalement des isothiazolinones, qui sont allergisants par la peau. Les colles et lessives manipulées longtemps peuvent provoquer des dermatites de contact sévères, ces produits n'étant pas conçus pour un contact intense et répété avec la peau.
Les mélanges au hasard. Les enfants préparent souvent seuls la pâte, en mélangeant des recettes vues en ligne. L'Anses indique qu'il a été très difficile d'obtenir les recettes lors des appels aux centres antipoison. Les produits les plus déclarés dans les cas les plus informatifs étaient des lessives liquides et des colles. Les mélanges de produits ménagers qui tournent mal ne sont pas propres à ce jouet : notre page sur le détartrage des WC rapporte ce que l'Anses a chiffré quand on associe un nettoyant chloré et un acide.
Sur ce sujet, l'agence cite aussi l'avis de Santé Canada de 2016, qui conseillait de suivre des recettes sans acide borique pour réduire l'exposition au bore. Nous ne reproduisons pas de telles recettes : aucune source ouverte consultée ne les valide pour un usage régulier par un enfant.
Le bulletin de l'Anses repose sur un recensement de la période du 1er janvier 2014 au 15 mai 2018. Il retient 205 cas, dont 91 en 2017 et 87 entre le 1er janvier et le 15 mai 2018, des fillettes pour la plupart, d'âge moyen 8 ans.
Le détail donne une image plus nuancée que le titre du bulletin.
Une pâte à prout vendue en magasin est un jouet, et elle doit respecter la directive européenne 2009/48/CE sur la sécurité des jouets. L'Anses précise que la norme NF EN 71-3, sur la migration de certains éléments, fixe pour les jouets de catégorie II, dont font partie le slime et la pâte à prout, une limite de migration du bore de 300 mg par kilo.
Pour une pâte plus sèche ou plus friable, la directive prévoit une limite plus élevée, 1 200 mg/kg. L'institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) précise que les masses visqueuses sont rangées dans l'une ou l'autre catégorie selon la nature du produit, et que ses propres calculs portent sur la catégorie liquide ou collante.
Les contrôles existent, et ils ont trouvé des écarts. En 2018, la DGCCRF a prélevé 15 échantillons de slimes, de pâtes à prout et de coffrets vendus en magasin : 6 références dépassaient la limite et ont été retirées du marché. En Allemagne, le plan de contrôle fédéral de 2017 a trouvé qu'environ 80 % des masses visqueuses testées respectaient la limite de 300 mg/kg.
Cela ne veut pas dire qu'un pot de pâte à prout conforme soit dangereux. Le BfR a mesuré le risque et conclut, dans son avis du 16 juin 2022, que des atteintes à la santé des enfants ne sont pas jugées probables. Voici ses repères, pour le cas d'un enfant qui avale de la pâte.
Pas avant l'âge indiqué sur le pot. Le BfR note que ces jouets portent le plus souvent une mention les déconseillant en dessous de 36 mois, soit trois ans, et conseille aux parents de suivre la recommandation du fabricant. Les coffrets de préparation de slime vendus en magasins de jouets sont, d'après l'Anses, destinés aux enfants de plus de 6 ans.
Le geste à éviter pour un jeune enfant est le plus évident : la pâte à la bouche. Le BfR demande de veiller à ce que l'enfant ne mette pas la masse en bouche, afin de limiter au minimum le contact avec l'acide borique. L'Anses relève d'ailleurs que, chez les enfants de moins de 15 ans, les expositions venaient soit de la manipulation, soit de gestes accidentels comme la mise en bouche du tout-petit ou la projection dans l'œil.
Cette page ne compare aucune marque et ne donne aucun prix : aucun prix n'est cité, parce que ceux d'un jouet de ce type varient d'un magasin à l'autre et d'une semaine à l'autre. Voici ce que l'on peut vérifier soi-même, d'après les textes cités.
Quelle que soit l'enseigne, grande surface de bricolage et de maison, magasin de jouets ou vente en ligne, le pot doit respecter la même directive. La page ne dit rien des références précises d'un magasin.
Elle ne donne ni recette, ni liste de marques, ni prix. Elle ne dit pas si un pot précis contient du bore, ce qu'aucun texte consulté ne permet de savoir. Elle ne traite pas la conservation de la pâte (comment la garder souple, combien de temps) ni le lavage des mains après le jeu : aucune source ouverte consultée ne donne de consigne chiffrée sur ces deux points. Elle ne remplace pas l'avis d'un médecin ou d'un centre antipoison devant un enfant qui a avalé de la pâte ou qui présente une réaction de la peau.
Chaque cas de centre antipoison cité ici vient des bulletins publiés par les agences, selon la méthode exposée dans nos règles de publication.
Elles ont la même consistance, et l'Anses les traite ensemble. La pâte à prout est la version vendue dans un pot, pensée pour faire du bruit quand on l'écrase.
Le principe du slime est un polymère, alcool polyvinylique ou amidon, relié en réseau par de l'acide borique ou du borax. Les formules exactes des pots du commerce ne sont pas publiées.
Parce qu'on la presse en emprisonnant de l'air entre deux plis, et que cet air s'échappe quand la pâte se relâche. Aucune source ouverte consultée ne détaille la physique du bruit.
L'Anses et la DGCCRF le déconseillent : le bore, les conservateurs des colles et les mélanges improvisés exposent les enfants à des brûlures et à des allergies cutanées.
300 mg par kilo de bore migrable pour les jouets de catégorie II, selon la norme NF EN 71-3 citée par l'Anses.
Pas en dessous de l'âge indiqué sur l'emballage. Le plus souvent, la mention est « pas avant 36 mois », d'après le BfR.
Le BfR juge le risque aigu très faible pour de petites quantités : un enfant de trois à six ans peut avaler jusqu'à 58 mg de bore avec une faible probabilité d'intoxication. À plus forte dose, nausées, vomissements, diarrhée ou douleurs abdominales apparaissent. En cas de doute, il faut appeler un centre antipoison.
On le pétrit à la main. L'Anses recommande d'éviter la manipulation répétée et prolongée, surtout pour une pâte contenant du bore.
Oui : en 2018, 6 références sur 15 prélèvements de la DGCCRF dépassaient la limite de bore et ont été retirées du marché.
Sources :
Les seuils de bore cités sont ceux de la norme et de la directive tels que rapportés par l'Anses et le BfR. Ils ne sont pas relus ici dans le texte même de la directive.