
Un chien qui a mis le nez dans une chenille processionnaire est une urgence vétérinaire, et elle se compte en minutes. Le contact se fait presque toujours par la gueule, sur une file de chenilles rencontrée au sol, et c'est la langue qui paie : l'I-CAD relève un risque de nécrose de la langue dans 41 % des cas.
Ce qui suit dit comment reconnaître l'accident, en combien de temps il se déclare, et ce qu'il faut faire pendant le trajet. Sur un point, celui du rinçage de la gueule, deux sources vétérinaires de référence disent le contraire l'une de l'autre. La contradiction est rarement signalée, elle l'est ici.
La salivation est le premier signe, abondante et brutale, sur un chien qui bavait normalement dix minutes plus tôt. Suivent les gestes de la gêne : il se frotte la gueule avec les pattes, il la frotte au sol, il secoue la tête.
Puis l'œdème. Les lèvres gonflent, la langue gonfle, elle peut sortir de la gueule. Sa couleur change et c'est ce changement qu'il faut regarder : une langue qui vire au violacé, au gris, puis au noir sur une portion, annonce une zone qui ne sera pas récupérée. Les vomissements sont rapportés dans la moitié des cas selon l'I-CAD.
L'atteinte n'est pas toujours buccale. Un chien qui a passé le museau dans un nid tombé peut présenter une atteinte oculaire, œil rouge et fermé, ou cutanée sur le ventre et entre les coussinets s'il s'est couché dans une procession.
C'est immédiat, et c'est ce qui rend la situation lisible : la toxine des poils urticants agit au contact, pas après digestion. La salivation apparaît dans les minutes qui suivent, et l'œdème dans la demi-heure.
Cette rapidité a une conséquence pratique. Si votre chien s'est promené sous des pins il y a trois heures et qu'il va bien, ce n'est pas une intoxication en cours. Si les symptômes sont là, le contact vient d'avoir lieu et la chenille n'est pas loin : elle est sur le trajet que vous venez de faire, et vous y repasserez.
Voici la contradiction, telle qu'elle est.
Santévet conseille de rincer abondamment la gueule à l'eau froide, une quinzaine de minutes, en prévenant que c'est difficile à faire, et de ne surtout pas frotter.
L'I-CAD écrit l'inverse sur le principe même : « Les irrigations buccales avant la prise en charge vétérinaire sont controversées car pour certains elles risqueraient d'entraîner une rupture des poils urticants. » Autrement dit, le jet d'eau peut faire ce que le frottement fait, casser les poils et libérer la toxine qu'ils contiennent.
Ce que les deux disent en commun, et qui n'est contesté nulle part : ne pas frotter, et partir chez le vétérinaire immédiatement. Le désaccord ne porte donc pas sur l'urgence, il porte sur un geste intermédiaire. En pratique, si le trajet est court, le temps est mieux employé sur la route qu'au robinet. S'il est long et que vous êtes deux, un rinçage doux à l'eau courante, sans pression et sans frotter, se défend, à condition d'avoir appelé la clinique avant de partir.
Le bicarbonate revient dans presque toutes les conversations sur le sujet, et la croyance mérite d'être remise à sa place. L'I-CAD mentionne le bicarbonate pour tamponner avec une compresse imprégnée d'une solution diluée. Une compresse qu'on applique, donc, pas un liquide qu'on projette.
La nuance compte parce que les deux gestes n'ont rien à voir. Tamponner dépose un produit sur une muqueuse. Rincer, c'est le geste dont l'intérêt est précisément débattu au paragraphe précédent. Le bicarbonate ne fait pas de la question du rinçage une question réglée.
Il n'existe aucun antidote aux toxines de la chenille processionnaire. La prise en charge est symptomatique : corticoïdes contre l'œdème, antalgiques, souvent une antibiothérapie parce que les tissus lésés s'infectent, perfusion quand l'animal ne peut plus boire.
C'est ensuite qu'intervient la décision que personne ne peut prendre à domicile : évaluer la zone de langue qui survivra. Le tissu nécrosé se délimite en quelques jours, et la partie perdue est retirée. Un chien peut vivre avec une langue amputée de sa pointe, il boit et mange autrement, et la rééducation de la prise d'eau est la vraie difficulté des semaines qui suivent.
La période de risque court de janvier à mars environ, quand les chenilles quittent le nid et descendent en file pour s'enfouir. L'I-CAD précise que cette période tend à s'étendre avec le changement climatique, ce qui interdit de raisonner en saison fixe selon la région.
Le nid se repère plus facilement que la procession : une poche de soie blanche, dense, accrochée en bout de branche sur un pin, visible de loin en hiver quand l'arbre est le plus dégarni. La règle de promenade qui en découle est simple. Sous les pins, entre janvier et mars, le chien reste en laisse courte, et on regarde le sol devant soi.
Le décret n° 2022-686 du 25 avril 2022 a ajouté la chenille processionnaire du chêne, Thaumetopoea processionea, et celle du pin, Thaumetopoea pityocampa, à la liste des espèces dont la prolifération est nuisible à la santé humaine, à l'article D. 1338-1 du code de la santé publique.
Ce classement ne crée pas d'obligation générale d'éradication, et c'est la première chose à comprendre avant d'écrire à sa mairie. Il ouvre la possibilité, pour les autorités sanitaires et préfectorales, de prendre des mesures de surveillance et de lutte, par arrêté, sur les zones qu'elles désignent. La question de ce que doit faire la commune se règle donc au cas par cas, en consultant les arrêtés en vigueur dans le département, et non par un texte national qui imposerait partout la même chose.
Elle traite du chien. Le chat est une autre page : l'exposition y est différente, plus souvent par la patte et le toilettage que par la gueule. L'atteinte chez l'humain, piqûre, boutons et démangeaisons, relève d'un médecin ou du centre antipoison, et l'I-CAD recense 1 022 cas humains entre 2012 et 2018 auprès de huit centres antipoison.
Cette page ne remplace pas un examen vétérinaire et ne propose aucun traitement à administrer soi-même. Elle décrit des signes et un enchaînement de décisions, pour que le trajet jusqu'à la clinique ne soit pas perdu.
Sur l'autre versant, tous les insectes qui inquiètent ne demandent pas d'agir : notre page sur la guêpe charpentière montre le cas exactement inverse, un insecte impressionnant, inoffensif, et que l'on détruit pour rien.
Une salivation soudaine et abondante, la gueule frottée contre le sol ou avec les pattes, puis un gonflement des lèvres et de la langue. Le changement de couleur de la langue est le signe le plus grave.
Oui, et sans contact direct avec la chenille elle-même. Les poils urticants se détachent et restent actifs sur le sol, sur la végétation et dans un nid tombé.
Salivation, œdème des lèvres et de la langue, douleur, vomissements dans environ la moitié des cas selon l'I-CAD, et parfois atteinte des yeux ou de la peau.
Quelques minutes pour la salivation, moins d'une demi-heure pour l'œdème. L'effet est immédiat, il ne se déclare pas le lendemain.
C'est le point sur lequel les sources divergent. Santévet le conseille à l'eau froide, l'I-CAD signale que les irrigations buccales avant la prise en charge sont controversées. Ce qui ne se discute pas : ne pas frotter, et partir tout de suite.
L'I-CAD l'évoque en compresse imprégnée d'une solution diluée, à tamponner. Ce n'est pas un rinçage, et ce n'est pas un traitement.
Il est symptomatique, il n'existe pas d'antidote : corticoïdes, antalgiques, souvent antibiotiques, et retrait chirurgical de la partie de langue nécrosée quand elle se délimite.
Oui, y compris après amputation d'une partie de la langue. La difficulté qui suit est la prise de boisson, car un chien lape avec sa pointe de langue.
De janvier à mars environ, période que l'I-CAD décrit comme tendant à s'étendre avec le changement climatique.
Le décret du 25 avril 2022 classe l'espèce comme nuisible à la santé humaine et ouvre la voie à des mesures préfectorales et sanitaires. Il ne crée pas d'obligation nationale d'éradication : ce sont les arrêtés du département qui disent ce qui s'applique chez vous.
Sources :